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FOCUS SUR LES MONNAIES NUMÉRIQUES DES BANQUES CENTRALES (MNBC)

 

L’objectif de ce blog est de démystifier la nouvelle terminologie de la monnaie numérique des banques centrales (MNBC) et d’explorer les défis auxquels elle répond.

CONTEXTE

 

La crise du Covid 19 qui a éclaté fin 2019 est devenue un accélérateur de l’adoption des paiements numériques. Les restrictions imposées par la distanciation sociale et la nécessité d’éviter la récession économique placent plus que jamais les monnaies numériques au centre de tous les débats et des approches innovantes sont envisagées pour une reprise économique. C’est dans ce contexte que les discussions sur les monnaies numériques des banques centrales (MNBC) refont surface. Les monnaies numériques des banques centrales (MNBC) sont des initiatives anciennes que la crise a contribué à faire sortir des tiroirs.

Un pays comme les Bahamas a déjà lancé sa monnaie numérique, le Sand Dollar[i]. D’autres comme la Norvège, le Japon, l’Indonésie, la Suède et la Corée du Sud ont annoncé des essais de monnaie numérique. En Afrique, le Ghana, le Maroc, l’Égypte, le Kenya et l’Afrique du Sud étudient la faisabilité technologique d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC).

L’écosystème financier numérique évolue rapidement et parfois si vite qu’il peut être difficile de comprendre la logique qui sous-tend les nouvelles innovations.

QU’EST-CE QUE LES MONNAIES NUMÉRIQUES DE BANQUE CENTRALE (MNBC) ?

 

Selon une étude[ii] menée par la Banque des règlements internationaux (“Banque des banques centrales “), plus de 70 % des banques centrales dans le monde effectuent des recherches actives et développent des preuves de concept pour les monnaies numériques des banques centrales (MNBC).

Monnaie de banque centrale contre monnaie électronique

Le système monétaire contemporain se caractérise par une architecture à deux niveaux[iii], dans laquelle la monnaie privée (émise par les banques de tous types, les opérateurs de télécommunications ou les prestataires de services de paiement spécialisés) repose sur un socle de monnaie publique (émise par les banques centrales).

La monnaie des banques centrales ou monnaie publique est disponible sous deux formes. Elle est disponible sous la forme de billets et de pièces (monnaie fiduciaire) détenus par les particuliers, les entreprises, les banques, les gouvernements etc…. et également sous la forme de dépôts reçus des banques commerciales.  Ces banques commerciales détiennent des comptes auprès des banques centrales, et elles sont autorisées à émettre de la monnaie électronique (monnaie privée) avec d’autres institutions financières non bancaires sous des licences spécifiques.

La monnaie électronique ou monnaie privée désigne l’argent qui existe dans les systèmes informatiques bancaires et qui peut être utilisé pour faciliter les transactions électroniques. Bien que sa valeur soit garantie par une monnaie fiduciaire et puisse donc être échangée sous une forme physique et tangible, la monnaie électronique est principalement utilisée pour les transactions électroniques en raison de sa commodité pour les transactions sur la scène mondiale. Étant donné qu’une fraction seulement de la monnaie est utilisée sous forme physique, la grande majorité est conservée dans les coffres des banques et est garantie par les banques centrales. Pour cette raison, une des principales fonctions des banques centrales est de gérer la monnaie fiduciaire sous forme physique et de contrôler la masse monétaire par le biais de politiques monétaires.

Lorsque vous déposez vos billets ou vos pièces dans une institution commerciale, vous n’êtes plus en possession de monnaie de banque centrale (monnaie publique) mais de monnaie électronique (privée). Si par mésaventure, cette institution commerciale faisait défaut, vous ne pourrez pas réclamer votre argent auprès de la banque centrale.

 Monnaie numérique de banque centrale (MNBC)

Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est alors une forme numérique de la monnaie fiduciaire[iv] (monnaie publique), qui a cours légal, est garantie par une banque centrale et qui représente une créance sur la banque centrale et non sur une banque commerciale ou un prestataire de services de paiement (PSP). La MNBC est gérée sur un grand registre numérique (qui peut être une blockchain ou non), accélérant et augmentant la sécurité des paiements entre les banques, les institutions et les particuliers.

QUELS SONT LES DÉFIS QU’ELLES ADRESSENT ?

 

Dans le cadre de leurs missions les banques centrales doivent contrôler la masse monétaire qu’elle soit publique ou privée. Or l’essentiel des transactions mondiales se fait avec de la monnaie électronique (privée). Dans ce contexte, la collaboration avec des institutions privées pose quelques problèmes relatifs à :

– Des risques systémiques et de perte de souveraineté monétaire

– Une faible inclusion financière

RISQUES SYSTÉMIQUES ET DE PERTE DE SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE

 

La Chine envisage de lancer une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) appelée E-yuan. Cette monnaie est censée être, non seulement un contrepoids face à l’hégémonie du dollar américain[v], mais aussi un moyen de mitiger le risque systémique représenté par les deux leaders du marché des paiements mobiles.  En effet le volume des paiements mobiles représente 16 % du PIB de la Chine. La Chine reste en avance sur les autres nations en matière de paiement mobile, avec environ 47 % des utilisateurs de téléphones mobiles utilisant des portefeuilles mobiles et numériques[vi]. Alipay et WeChat Pay sont les principaux acteurs du paiement mobile en Chine. Ensemble, ils représentent plus de 90 % de la part de marché[vii].

Les deux acteurs privés opérant sur ce marché (Alipay et WeChat) présentent donc un risque systémique et la Reserve Bank of China a dû prévenir les conséquences d’une défaillance de ces géants.

La question du risque systémique se pose également en Suède avec l’infrastructure de paiement mobile Swish, contrôlée par des banques privées.

Sur un autre continent, l’Union européenne poursuit ses efforts pour une plus grande intégration de ses pays membres, ce qui devrait permettre aux citoyens européens de bénéficier de la même expérience en matière de paiement. Les paiements internationaux dans l’Union sont facilités par deux systèmes non européens : Visa et MasterCard[viii].

Pour se libérer de la dépendance à l’égard de ces systèmes internationaux, l’Union européenne met en place une nouvelle infrastructure unique connue sous le nom d’Initiative Européenne des Paiement (EPI) et envisage également d’accélérer son projet de création d’une monnaie numérique de Banque centrale européenne plus connu sous  le nom de E-euro.

 INCLUSION FINANCIÈRE

 

Certains pays africains, comme l’Afrique du Sud ou le Ghana, mènent également des réflexions sur la MNBC afin de soutenir leur ambition de passer à une économie sans argent liquide (cashless economy). L’argent liquide est toujours roi en Afrique pour différentes raisons. Il permet de régler les transactions immédiatement, de façon anonyme et de plus il est gratuit.

L’utilisation de la monnaie privée dans le contexte africain soulève certains problèmes liés au retard et au coût des transactions numériques en raison du manque d’interopérabilité.  L’argent liquide préserve également la confidentialité.

Les banques centrales africaines envisagent donc de recourir à la MNBC, qui devrait préserver les attributs qui font que l’argent liquide domine les transactions : anonymat, gratuité, confidentialité et instantanéité[ix].

SI LES MONNAIES NUMÉRIQUES DES BANQUES CENTRALES VOIENT LE JOUR, REMPLACERONT-ELLES LES MONNAIES ÉMISES PAR LE SECTEUR PRIVÉ OU LEUR PERMETTRONT-ELLES DE S’ÉPANOUIR ?

 

Selon Tobias Adrian et Tommaso Mancini-Griffoli, du Département des marchés financiers du Fonds monétaire international (FMI), les banques centrales ne devraient pas avoir à choisir entre proposer une monnaie numérique ou encourager le secteur privé à fournir sa propre variante numérique. Les deux types de monnaie peuvent coexister et se compléter, pour autant que les banques centrales fassent certains choix de conception et actualisent leur cadre réglementaire.

[i] Cryptoast – Lancement national du Sand Dollar, la monnaie numérique des Bahamas

[ii][ii][ii] BRI – Résultats de la troisième étude sur les monnaies numériques de banque centrale

[iii][iii][iii] Blog FMI – Les monnaies publiques et privées peuvent co-exister à l’heure du numérique

[iv] Wikipedia – Définition de la monnaie numérique de banque centrale

[v][v] Financial Times – La monnaie numérique chinoise est une menace pour l’hégémonie du dollar américain et livemint – Le renminbi chinois est-il un challenger du dollar américain ?

[vi] Globenewswire- L’industrie du paiement mobile en chine en 2020

[vii] Godigitalchina – Les plateformes de paiements chinoises

[viii]AGEFI – L’euro digital, un enjeu de souveraineté

[ix][ix] Quartz-  Comment l’Afrique peut devenir un leader des monnaies numériques de banque centrale

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).