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A la découverte des six licornes africaines de la FinTech en 2021

Jusqu’à la fin de l’année 2020 le continent africain ne comptait que trois licornes dans l’industrie de la FinTech : Jumia, Interswitch et Fawry.

En 2021 il y’a eu d’importantes levées de fonds réalisées par des FinTech africaines et qui ont permis à trois d’entre elles d’acquérir le statut de licorne :   Flutterwave, Opay et Chipper Cash.

Cette accélération dans la croissance du nombre de licornes du continent est principalement due au plus grand intérêt des sociétés de capital-risque pour les FinTech africaines.

 

Qu’est-ce qu’une licorne ?

Le terme licorne est utilisé dans le secteur du capital-risque pour décrire une jeune entreprise (startup) dont la valeur est supérieure à un milliard de dollars et on en dénombrait 601 dans le monde jusqu’à juin 2020 dans des domaines aussi variés que la FinTech (Stripe ou Coinbase), l’E-commerce (Alibaba), les jeux vidéo (Daper Labs), la vente de services de transport sans chauffeur (Waymo ou Nuro) ou avec chauffeur (Uber) etc.

 

Comment les licornes ont émergé sur le continent africain ?

Dans un passé récent seules trois FinTech africaines avaient le statut de licorne : Jumia la plateforme de commerce électronique opérant sur plusieurs pays d’Afrique, Fawry la plateforme égyptienne de paiement et Interswitch le géant nigérian du paiement.

Jumia (2016)

Jumia est une entreprise de commerce en ligne présente sur le marché africain et fondée en 2012 à Berlin par deux entrepreneurs français, Sacha Poignonnec et Jérémy Hodara. La plateforme de Jumia est un marché en ligne qui met en relation des vendeurs et des acheteurs, en mettant à leur disposition un service logistique, permettant l’expédition et la livraison des colis en plus d’un service de paiement. L’entreprise est présente dans plus d’une dizaine de pays africains : Algérie, Maroc, Tunisie, Égypte, Kenya, Ouganda, Afrique du Sud, Sénégal, Ghana et Côte d’Ivoire. Elle est critiquée pour s’affirmer africaine alors qu’elle a été fondée à Berlin, que ses dirigeants sont français, que son centre technique est situé au Portugal, que ses capitaux sont majoritairement américains et européens.

Selon les données de Crunchbase, un site d’informations spécialisées sur la finance, la startup aurait levé au total 824 millions de dollars en cinq tours de table. Détenue à 30 % par l’opérateur télécom sud-africain MTN, elle compte aussi parmi ses actionnaires l’incubateur allemand Rocket Internet à hauteur de 21 % et de nombreux fonds d’investissement et banques, de Goldman Sachs à Axa[i].

 

Interswitch (2019)

Une entreprise FinTech qui a incontestablement brillé dans les paiements en cette période de pandémie est Interswitch. Le géant des paiements vaut actuellement un milliard de dollars après que Visa a acquis une participation de 20 % en 2019[ii].

Fondée en 2002 par Mitchell Elegbe, Interswitch a été le premier à mettre en place l’infrastructure nécessaire pour digitaliser l’économie nigériane, alors essentiellement basée sur l’argent liquide. La société fournit aujourd’hui une grande partie des rails du système bancaire en ligne du Nigeria. Interswitch propose un certain nombre de produits financiers pour les particuliers et les entreprises, notamment ses cartes de paiement Verve et son application de paiement Quickteller[iii].

 

Fawry (2020)

Fawry est une plateforme de paiement électronique basée en Égypte et fondée en 2008 par Ashraf Sabry et Mohamed Okasha. Elle dispose d’une passerelle de paiement en ligne permettant aux propriétaires d’entreprises de réaliser des transactions avec leurs clients en espèces, par cartes bancaires et des portemonnaies électroniques.

Fawry a signé des accords avec la National Bank of Egypt et Bank Misr pour déployer 60 000 terminaux de paiement électroniques (TPE) acceptant les paiements par carte et par code QR dans le cadre de « l’initiative d’acceptation de la Banque Centrale d’Egypte (CBE) ».

 

 

Pourquoi le statut des 3 premières licornes du continent africain fait il l’objet de controverses ?

Si les valorisations des trois premières FinTech africaines à atteindre le milliard de dollars (Jumia, Interswitch, Fawry) sont incontestables, on peut se demander si certaines sont des startups (Interswitch et Fawry) et si d’autres sont des entreprises africaines (Jumia).

Interswitch par exemple, a été fondée en 2002 ce qui n’en faisait pas nécessairement une startup en 2019 ou elle franchissait le cap symbolique du milliard de dollars de capitalisation soit 17 ans après sa création. Fawry a été lancée en 2007, mais n’est devenue une entreprise milliardaire qu’en 2020, soit 13 ans après sa création. Jumia, bien que côtée en bourse, a atteint le statut de licorne en 2016 donc en l’espace de 4 ans ; cependant, les avis divergent quant à savoir s’il s’agit d’une entreprise africaine ou non.

 

Qui sont ces nouvelles licornes de l’industrie FinTech en Afrique ?

En 2021 trois nouvelles licornes africaines ont fait leur apparition dans l’industrie de la FinTech. Il s’agit de Flutterwave, Opay et Chipper Cash.

 

Flutterwave

Au début de mars 2021, Flutterwave a réalisé un tour de table de 170 millions de dollars pour son expansion vers l’Afrique du Nord. Les sociétés d’investissement américaines Avenir Growth Capital et Tiger Global ont mené le tour de table, qui comprend également des investisseurs nouveaux et existants, notamment DST Global, Early Capital Berrywood, Green Visor Capital, Greycroft Capital, Insight Ventures, Salesforce Ventures, Tiger Management et WorldpayFIS 9yards Capital[iv].

Flutterwave est co-fondée par deux jeunes informaticiens nigérians Olugbenga Agboola et Iyinoluwa Aboyeji et dépasse le milliard de dollars de capitalisation.

En 2019 la FinTech née à Lagos accueillait déjà des investisseurs tels Visa et Mastercard.

Sa solution permet aux banques et aux commerçants de remplacer les multiples intégrations de paiement par une API (Application programming Interface) simple, qui permet le traitement de toute forme de paiement partout en Afrique. Cette application unique permettant aux commerçants d’encaisser des paiements sur un simple téléphone mobile, sans devoir se soucier du service qu’utilise le client ou de la compatibilité entre les systèmes des différentes banques. Cette solution a tout de même su attirer des clients comme Facebook, Jumia, Uber Booking et même Alipay[v].

Opay

En 2018, Opera populairement connu pour son moteur de recherche internet et son navigateur, a lancé la plateforme de Mobile Money OPay à Lagos. Elle a levé un montant de 400 millions de dollars pour aider à accélérer l’expansion de son application sur de nouveaux marchés et services.

Le service de Mobile Money de la FinTech OPay est en plein essor. Cette année, sa société mère Opera a indiqué que les transactions mensuelles d’OPay ont augmenté de 4,5 fois par rapport à l’année précédente pour atteindre plus de 2 milliards de dollars en décembre. OPay affirme également traiter environ 80% des transferts bancaires entre opérateurs Mobile Money au Nigeria et 20% des transactions non marchandes dans les points de vente commerçants du pays.

La société mère Opera est basée en Norvège mais est entièrement détenue par un consortium d’investisseurs chinois qui l’ont racheté en 2016[vi].

 

Chipper Cash

Chipper Cash a été fondée en 2018 à San Fransisco par l’Ougandais Ham Serunjogi et le Ghanéen Maijid Moujaled. La startup qui a trois ans d’existence facilite les paiements transfrontaliers à travers l’Afrique dans sept pays : Ghana, Nigeria, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Afrique du Sud.

Chipper Cash a levé 100 millions de dollars lors de son dernier tour de table ce qui la propulse au rang de licorne. La startup rejoint désormais un groupe d’élite parmi les startups africaines, puisqu’elle n’est que la sixième à atteindre ce statut.

SVB Capital, la branche d’investissement de la banque commerciale américaine de haute technologie Silicon Valley Bank, a mené ce tour le table. Parmi les autres participants à ce tour de table figurent des investisseurs existants – Deciens Capital, Ribbit Capital, Bezos Expeditions, One Way Ventures, 500 Startups, Tribe Capital et Brue2 Ventures.

Comment se justifie le succès rapide des trois dernières licornes africaines ?

Les trois dernières licornes dans le paysage FinTech africain ont connu une ascension très rapide. A l’exception de Jumia ayant acquis le statut de licorne en 2016 soit quatre ans après son démarrage, les deux licornes africaines qui l’ont immédiatement suivie c.-à-d. Interswitch en 2019 et Fawry en 2020 ont franchi la même barre mais après respectivement 17 et 13 ans d’activités.

Ainsi le nombre de licornes africaines a tout simplement doublé au cours de la seule année 2021 et on peut donc aisément dire qu’on a atteint un point d’inflexion comme l’indique dans un article publié dans le magazine FORBES et intitulé What The Chipper, Flutterwave, OPay And Tyme Bank Mega-Rounds Mean For The African Tech Scene[vii] , l’analyste Fintech Alex Lazarov.

Ce dernier explique cette accélération de la croissance du nombre de licornes sur le continent africain par trois raisons :

  • Plusieurs succès augmentent la confiance.

Il y’a généralement beaucoup d’inquiétudes qui entourent la création de startups dans l’industrie des technologies qui sont souvent perçues comme trop risquées aussi bien par les fondateurs, les investisseurs que les salariés. Lancer une FinTech peut donc paraitre au début comme une véritable aventure. Le fait d’avoir plusieurs succès dans un écosystème particulier démontre la répétitivité et augmente ainsi le pouvoir et la pertinence du modèle. Cela créé des exemples qui inspirent les nouvelles générations.

  • Plusieurs succès ont pour effet de créer également un important vivier de talents et de nouveaux entrepreneurs

Atteindre une masse critique de licornes créé un véritable effet réseau qui a comme corollaire la création d’un important vivier de talents. On peut citer en référence la PayPal mafia pour parler de tous ses transfuges de PayPal comme Elon Musk, Peter Thiel, Jeremy Stoppelman, Reid Hoffman ou Russel Simmons qui ont tous fondé des entreprises à succès qui ont aujourd’hui atteint le statut de licornes ou encore de la Jumia mafia en Afrique avec des noms comme Olaoluwa Samuel-Biyi, Rafael Afaedor, Massimiliano Spalazzi ou Gbolaran Fagbure. Tous se sont reconvertis dans les cœurs de métier de Jumia c.-à-d. l’E-commerce et la logistique au Nigéria.

L’émergence des mafias montre le rôle crucial que jouent les start-ups dans la formation des nouveaux entrepreneurs en leur donnant la possibilité d’acquérir des expériences commerciales, des compétences transférables et de créer ces connexions professionnelles cruciales qui sont ensuite exploitées lorsqu’ils créent de nouvelles entreprises.

 

  • Plusieurs succès contribuent à dé risquer l’écosystème

Dans les écosystèmes de start-ups émergents, il est plus risqué pour les talents – ingénieurs, scientifiques des données, chefs de produit, opérations, etc – car il y a moins d’options de secours si une entreprise particulière ne réussissait pas. Mais lorsque la masse critique est atteinte, l’ensemble de l’écosystème est dé-risqué pour les talents car il existe de nombreuses options alternatives.

Pour un fondateur en Afrique, si les choses ne marchent pas, il y a de plus en plus d’entreprises établies qui peuvent embaucher (ou racheter l’entreprise).

Également pour de nombreux fondateurs dans les écosystèmes de startups émergents, ils doivent construire la pile complète c.-à-d. une gamme d’infrastructures habilitantes juste pour offrir leur produit de base. Mais au fur et à mesure que plus de startups sont créées, des couches de la pile sont développées et servent à tous.

Enfin pour les investisseurs, une masse critique de startups dans un secteur le rend moins risqué pour les sociétés de capital-risque et contribue à ouvrir les vannes.

Les investisseurs en capital-risque prennent des risques. Mais ils doivent être contrôlés. La principale question qu’ils se posent est de savoir quel est le chemin vers la sortie ? S’il y a peu d’exemples de tours de table et encore moins de sorties réussis, un investisseur sera réticent. Mais avec de plus en plus d’exemples de réussite cela devient moins risqué et plus attractif.

[i] Les echos

[ii] Techcrunch

[iii]  Techcrunch

[iv] Disrupt africa

[v] Jeune Afrique

[vi] Reuters

[vii] Forbes

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).