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Écoute maintenant:Quels sont les défis rencontrés par les entreprises FinTech en Afrique ?

 

Digital Frontiers Institute (DFI) a reçu sur son webinaire du samedi 19 juin 2021 deux entrepreneurs FinTech, Idriss Marcial MONTHE (CInetpay) et Gilles KOUNOU (OPEN SI) qui ont partagé leurs expériences de la FinTech et surtout les défis qu’ils rencontrent au quotidien. La discussion s’est articulée autour des questions liées à l’adoption de leurs solutions par le marché, l’accès aux talents, l’accès au financement et la collaboration avec l’écosystème.

Les FinTech révolutionnent le paysage financier en Afrique par les multiples innovations qu’elles introduisent sur le continent. Elles se distinguent notamment par leurs offres de solutions de paiement, d’épargne, de crédit, d’assurance, de scoring, de tenue de comptabilité ou encore d’offres Pay As You Go pour les systèmes solaires. Si des pays africains anglophones ont franchi un cap important avec six licornes (start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars) avec d’importantes levées de fonds auprès de fonds de capital-risque, on constate que les pays d’Afrique francophone peinent à attirer des investisseurs. Ceci est assez symptomatique des défis rencontrés par les FinTech en Afrique et plus particulièrement celles d’Afrique francophone.

Pour parler de ces défis, DFI a donc invité deux entrepreneurs FinTech :

  • Mr Idriss Marcial MONTHE, CEO et co fondateur de CinetPay créée en 2008 et basée en Côte d’Ivoire;
  • Mr Gilles KOUNOU, CEO et fondateur d’OPEN SI créée en 2013 et basée au Bénin ;

Ces deux entrepreneurs ont expliqué les raisons qui les ont poussés à se lancer dans la FinTech. On retiendra qu’ils sont à la base promoteurs d’offres digitales (vente de noms de domaine pour CinetPay et promotion d’une solution d’E-santé nommée Go Médical pour OPEN SI) mais ont vite été confrontés à un problème qui était d’offrir à leurs clients un moyen de paiement digital qui représenterait une meilleure alternative au paiement en espèces. C’est ainsi qu’ont été créées CinetPay pour agréger l’ensemble des moyens de paiement disponibles dans les huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et Kkiapay pour supporter Go Medical, l’application d’E-santé d’OPEN SI qui opère désormais au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire.

Globalement du point de vue de l’adoption par le marché les deux solutions proposées par ces agrégateurs de paiements ont bien été accueillies sur le marché.  Toutefois ils ont rencontré quelques difficultés liées à :

  • La faible digitalisation des services fournis par les Etats membres de l’UEMOA qui ne favorise par l’adoption du paiement digital  ;
  • Le faible ancrage des paiements marchands dans les habitudes des clients finaux ;
  • La réticence des marchands/commerçants à laisser une tierce partie encaisser leurs recettes avant d’effectuer un reversement ;
  • La réticence des marchands à supporter les frais liés à la prestation de l’agrégateur de paiement surtout lorsque ces marchands réalisaient leurs ventes en espèces et sans frais ;
  • La concurrence des opérateurs Mobile Money qui proposent aux commerçants des APIs pour des paiements marchands dont le coût est deux fois moindre ;

Quant à l’acquisition de talents CinetPay et OPEN SI vivent des réalités assez différentes mais s’accordent sur le fait qu’il faille aussi bien des profils purement techniques (développeurs, ingénieurs, designer) que des profils classiques à toute entreprise (ressources humaines, communication, marketing) mais qu’il faille vraiment s’adapter à la culture d’une start-up et bien comprendre la finance digitale.

Quant au financement, CinetPay et OPEN SI évoluent sur des ressources propres mobilisées sous forme de love money ou d’autofinancement. OPEN SI a la particularité d’offrir des services connexes d’ingénierie à ses clients dont les revenus contribuent au financement de l’activité FinTech (Kkiapay). Les deux entrepreneurs constatent avec amertume l’absence de fonds d’amorçage ou de fonds d’investissement qui représentent les meilleures options de financement pour des start-ups contrairement aux banques locales qui sont très réticentes. Ils ont également mis en évidence le contraste avec l’Afrique anglophone dont les FinTech attirent de grands fonds de capital-risque. L’Afrique francophone souffre encore de :

  • La méconnaissance de son marché par les capitaux risqueurs qui sont tous anglophones ;
  • L’absence d’une cadre réglementaire spécifique aux FinTech qui décourage les investisseurs ;
  • La fragmentation des marchés des pays francophones et leur faible maturité digitale ;
  • Un environnement des affaires encore peu favorable à l’investissement ;

Enfin du point de vue de la collaboration et de la relation avec le régulateur, CinetPay et OPEN SI accueillent favorablement le projet d’interopérabilité des services financiers numériques conduit par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui devrait permettre de disposer d’une infrastructure mutualisée fonctionnant avec des règles standard qui s’imposent à tous. Les acteurs financiers (banque, IMF, telco et FinTech) n’auront plus qu’à se concentrer sur le développement des produits et des nouveaux canaux.

Toutefois les deux entrepreneurs pointent du doigt la nécessité pour le régulateur de ne pas conditionner l’accès des FinTech à la nouvelle infrastructure mutualisée, à un partenariat avec une banque ou une IMF mais d’aller plutôt vers des conditions d’accès à cette infrastructure spécifiques aux FinTech.

Ce webinaire a été modéré par Maxime LOKOSSI, Responsable du développement de la communauté francophone à DFI.

 

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).