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Coup de projecteur sur l’univers FinTech

Il y’a encore deux décennies quand on parlait d’acteurs du secteur financier en Afrique on faisait référence essentiellement aux banques, aux institutions de microfinance et dans une certaine mesure aux sociétés de transfert d’argent. Ensuite grâce à la rapide pénétration du téléphone mobile et l’évolution des réglementations pour favoriser l’inclusion financière, on a vu l’entrée dans le paysage financier de nouveaux acteurs tels que les opérateurs de téléphonie avec leur service de Mobile Money ou encore les FinTechs.

Les FinTechs sont désormais présentes dans le quotidien de centaines de millions d’Africains à travers essentiellement des services de paiement mais également d’épargne, d’assurance et de crédit digital offerts selon les législations. La diversité des offres des FinTechs dépend en effet des règlementations en place et à ce sujet MicroSave dans son étude intitulée FinTechs inclusives en Afrique francophone publiée en mars 2020, relève que «les FinTechs se développent, mais l’Afrique francophone continue d’accuser du retard par rapport à l’Afrique anglophone »[i]. Ce constat est réel. En effet, tandis que l’étude de MicroSave en 2019 dénombrait 117 FinTechs dans 6 pays d’Afrique francophone, des pays comme le Nigeria, le Kenya, la Tanzanie ou encore l’Afrique du Sud se démarquaient dans ce secteur tant par le nombre de FinTechs mais également par les volumes d’investissements et des financements qu’ils attirent dans le secteur.

A titre d’exemple le Nigeria compte environ 250 entreprises dans l’espace FinTech, et le revenu du marché devrait atteindre 543,3 millions de dollars en 2022, contre 153,1 millions de dollars en 2017.[ii]

Mais qu’est-ce que réellement une FinTech ? Qu’apportent-elles aux clients du secteur financier ? Quels sont les défis qui se posent dans ce secteur ?

Qu’est-ce qu’une FinTech ?

Les FinTechs désignent une catégorie de prestataires qui associent des services financiers à des technologies modernes et innovantes (intelligence artificielle, biométrie, cloud, blockchain).  Il s’agit généralement de startups, même si des acteurs historiques du paiement, du transfert d’argent ou du logiciel bancaire se présentent parfois sous ce terme.

Dans le sillage de la diffusion mondiale de la technologie numérique, elles ont pris une importance considérable. Les FinTechs n’ont souvent pas un agrément bancaire, mais en général un agrément d’émetteur de monnaie électronique ou d’établissements de paiement. Elles peuvent également obtenir des autorisations pour exercer dans le financement participatif ou la fourniture de produits d’assurance.

Dans le secteur des paiements en Afrique, l’activité des FinTechs repose sur les trois piliers suivants :

Une plateforme transactionnelle qui permet aux clients d’envoyer et de recevoir de l’argent et de stocker des valeurs numériques ;

Un dispositif client, tel qu’un téléphone mobile de base, un smartphone ou une carte de paiement qui se connecte aux dispositifs, qui permet aux clients d’accéder au service ;

Un réseau d’agents marchands qui permet aux clients de convertir des espèces en monnaie électronique et vice versa.

Toutefois il est important de signaler que le coût lié à la rémunération des agents marchands est assez significatif ce qui pousse les FinTechs à développer un réseau d’acceptation de paiements mobiles utilisant soit le canal traditionnel de l’USSD ou les nouvelles technologies telles que le QR code ou le NFC. Ainsi au lieu de retirer de l’argent liquide pour effectuer leurs paiements, les clients peuvent tout simplement utiliser leurs portemonnaies mobiles pour effectuer leurs transactions.

 

Qu’apportent les FinTechs aux clients du secteur financier ?

Les FinTechs contribuent à accélérer l’inclusion financière notamment des populations rurales vivant de l’agriculture et des PME. Sur un continent confronté à d’importants défis tels que l’insuffisance d’infrastructures (réseaux électriques, réseaux routiers), un faible accès à l’eau potable et une prédominance de ménages à faibles revenus, la plupart des banques traditionnelles ne donnent pas la priorité à la pénétration bancaire en milieu rural, car elles considèrent qu’opérer dans des endroits aussi défavorisés n’est pas rentable. Cette situation a conduit à une moindre disponibilité des services financiers dans les zones rurales en Afrique. Cependant, l’augmentation de la pénétration de la téléphonie mobile, les faibles frais de transaction et la croissance de l’innovation FinTech ont stimulé l’adoption des services financiers numériques, améliorant ainsi la vie dans les zones rurales où se trouvent la plupart des personnes extrêmement pauvres et où l’agriculture est la principale source de subsistance.

Les FinTechs sont très actives dans le secteur agricole à travers leurs solutions de paiement, leurs offres d’équipements solaires accessibles en Pay As You Go, les produits d’assurance, leurs outils d’évaluation des risques qui permettent aux petits exploitants agricoles d’accéder à des crédits garantis uniquement par les flux de leurs activités.

Les montants des crédit numériques étant limités ($10-$1000), les FinTechs permettent également aux promoteurs de petites et moyennes entreprises d’accéder au crédit auprès des institutions financières en les aidant à constituer un premier historique financier à partir de données alternatives (journal d’appel, historique des transactions, activité du promoteur sur les réseaux sociaux).

 

Quels sont les défis dans le secteur des FinTechs ?

Les défis varient d’une région à une autre sur le continent mais on s’accorde sur le fait que les pays comme le Kenya, le Nigeria, le Ghana ou la Tanzanie qui ont réussi à mettre en place des cadres règlementaires favorables à l’exercice de l’activité des FinTechs doivent aujourd’hui faire face au défi de la protection des consommateurs. De façon plus pratique il s’agit de lutter contre la cybercriminalité, les pratiques abusives des prestataires de crédits digitaux ou encore sécuriser les investissements des utilisateurs de plateformes de financement participatif (crowdfunding). Par ailleurs l’effort fournit par les FinTechs pour offrir des possibilités d’enrôlement à distance (remote on boarding) doit être soutenu par le déploiement rapide de systèmes nationaux d’identification biométriques robustes et fiables.

 

En Afrique francophone notamment l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, il n’y a pas encore de cadres réglementaires spécifiques à l’exercice de l’activité des FinTechs. En effet lors de la Conférence Internationale sur les Entreprises Financières organisée en octobre 2019 par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), elle avait reconnu le besoin de développer de nouvelles compétences en son sein pour relever le défi posé par le développement des FinTechs dans l’UEMOA[iii].

Ainsi pour relever ce défi elle envisageait mener quelques actions notamment :

  • la prise en compte des FinTech opérant dans le segment des services de paiement dans la révision du Règlement n°15/2002/CM/UEMOA relatif aux systèmes de paiement dans les Etats membres de l’UEMOA  ;
  • L’élaboration d’un cadre réglementaire spécifique aux activités de financement participatif (crowdfunding) ;
  • L’élaboration d’un cadre réglementaire pour l’activité de credit scoring;
  • La création au siège de la BCEAO, d’une structure adhoc, permettant aux acteurs éligibles de tester, avant leur lancement commercial et sous la supervision des autorités de régulation concernées, des modèles d’affaires et/ou de nouveaux produits ou services financiers innovants sur une population consentante (Regulatory Sandbox)

L’exercice de l’activité des FinTech a donc de beaux jours devant elle mais les défis sont encore importants pour encourager l’innovation tout en protégeant au mieux les clients.

[i] MicroSave – FinTechs inclusives en Afrique francophone – synthèse

[ii] Wakandi- Collaboration and Innovations- Bulding Africa FinTech’s landscape

[iii] BCEAO – FinTech en Afrique : défis, opportunités et perspectives (Cas de l’UEMOA)

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).