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Comment les technologies et les produits financiers digitaux peuvent-ils dynamiser les chaines de valeur agricoles en Afrique ?

Le développement du secteur agricole et la recherche de l’auto-suffisance alimentaire sont aujourd’hui au cœur des politiques de tous les pays africains. Même si l’option d’un développement industriel de l’agriculture est celle qui fait l’objet des grandes discussions, la réalité est que l’agriculture africaine est avant tout impulsée par de petits exploitants dont la superficie est en en général inférieure à 2 hectares. Ces petits exploitants pourvoient pour 70% environ aux besoins alimentaires de l’ensemble du continent africain[i] et ils évoluent dans des chaines de valeur très faiblement organisées et dans une grande précarité.

Si l’organisation des chaines de valeur et la mécanisation agricole sont des priorités des politiques de développement du secteur en vue d’une amélioration des rendements agricoles et de la qualité des produits, il est tout aussi important de veiller à ce que les petits exploitants agricoles en tirent profit pour améliorer leurs revenus.

A cet effet les produits financiers, les technologies et les canaux digitaux représentent un véritable potentiel pour promouvoir un développement agricole inclusif.

Ce blog s’intéresse à quelques exemples de produits, de technologies et de canaux digitaux déjà au service d’une agriculture inclusive en Afrique

 

Les produits financiers digitaux utilisés par les petits exploitants agricoles

 

Les produits financiers présentés ci-dessous présentent un intérêt par rapport à l’amélioration de la productivité et la traçabilité des flux financiers des petits exploitants agricoles.

 

  • Le Pay As You Go

Le maraichage est l’une des principales filières agricoles des pays d’Afrique subsaharienne et deux facteurs clés de réussite dans cette activité sont la maitrise de l’eau et la capacité de conservation des produits. En l’absence de réseau électrique sur les sites de maraichage, l’acquisition de pompes ou de réfrigérateurs solaires représente une alternative intéressante mais le coût d’acquisition peut représenter un frein pour un petit exploitant agricole. Une pompe solaire bon marché coûte quand même $3000.

Ainsi le financement en mode Pay As You Go est désormais l’option la plus abordable. Le Pay As You Go permet à un exploitant agricole de financer son acquisition en payant une partie du montant total de l’équipement solaire à l’achat et le reste en petits paiements successifs de fréquences variables (journalières, hebdomadaires ou mensuelles). Une fois le nombre total d’échéances réglées, l’exploitant en devient alors propriétaire. Les systèmes solaires tels que les pompes et les réfrigérateurs acquis en Pay As You Go permettent donc aux exploitants d’améliorer leur productivité mais également d’établir un lien avec les flux financiers réalisés par l’exploitant ce qui est particulièrement utile pour les institutions financières.

  • Les crédits digitaux et le scoring

Des crédits digitaux destinés à des agriculteurs, c’est le credo d’Emata[ii] une FinTech basée en Ouganda et qui dispose également d’une licence d’institution de microfinance. Pour financer les agriculteurs Emata passe par des coopératives dans lesquelles elle installe son application sur PC et mobile et forme les utilisateurs à l’enregistrement des membres, la mise à jour des prix, l’enregistrement des livraisons effectuées par chaque membre etc… Sur la base des données récoltées et d’un outil de scoring interne Emata est capable d’accorder à chaque exploitant des crédits digitaux instantanés.

 

  • Les contrats intelligents et la blockchain

 

Les assureurs proposent des contrats intelligents (smart contracts en anglais) s’appuyant sur la technologie blockchain et la collecte par satellite de données météorologiques pour automatiser le paiement d’indemnisations lorsque certaines conditions climatiques s’avèrent défavorables pour la production agricole. En cas d’inondation, de sécheresse, d’épidémie ou d’invasion d’insectes des paiements liés à des contrats intelligents peuvent être immédiatement et automatiquement débloqués.

 

L’utilisation de la blockchain et de l’intelligence artificielle au service des petits exploitants agricoles

 

L’un des freins à l’accès au financement des petits exploitants agricoles est l’absence ou le manque de fiabilité des titres de propriété foncière. La fraude foncière est très courante dans de nombreux pays africains.

Land LayBy[iii] est une start-up kényane qui utilise la blockchain pour tenir un registre des transactions foncières en milieu rural accessible en ligne. Cela offre aux agriculteurs un moyen fiable et transparent d’établir la propriété des terres qui peut ensuite être utilisée ultérieurement pour obtenir des crédits auprès des banques ou des sociétés de financement alternatif.

Pour revenir sur la question des rendements et la traçabilité des flux financiers des petits exploitants agricoles ont pourrait mettre en évidence une application de l’intelligence artificielle à travers le projet Pix Fruit[iv] conduit par le Cirad et l’Institut sénégalais de recherches agricoles. Ce projet a permis de développer la solution Pix Fruit qui permet d’évaluer avec précision la production d’un champ de manguiers en utilisant l’intelligence artificielle. Généralement les paysans ont tendance à compter manuellement les mangues sur quelques-uns de leurs arbres et à extrapoler sur l’ensemble du champ et ceci avec des marges d’erreur allant de 1 à 10. L’introduction de l’intelligence artificielle et de drones permet donc de quantifier plus fiablement la récolte et donc les rendements qui sont déterminants dans l’appréciation des requêtes de financement.

 

Les plateformes de commerce électronique comme nouveau canal d’écoulement des produits des petits exploitants agricoles

 

Le commerce électronique a un fort potentiel en Afrique. Un rapport de McKinsey prévoit que sa valeur pourrait atteindre 75 milliards de dollars d’ici 2025.[v]

Le secteur agricole ne devrait donc pas être en marge de cette révolution et il est heureux de noter plusieurs initiatives de plateformes de commerce électronique en Afrique pour les produits agricoles et agro-alimentaires.

C’est le cas par exemple au Sénégal de la plateforme Sooretul qui permet à de nombreuses productrices d’écouler des produits alimentaires transformés localement via des boutiques et des supermarchés installés en ville. La plateforme permet aux consommateurs urbains de prendre connaissance des produits agricoles locaux. Chaque productrice référencée sur le site dispose de sa boutique en ligne. Ses produits sont accessibles à tous les clients qui peuvent les ajouter à leur panier et valider leur commande avant d’être livré à domicile[vi]. Bien que la possibilité de payer en espèces à la livraison soit offerte pour mettre en confiance les clients , l’usage des moyens de paiements digitaux sera à terme l’option qui permettra de dynamiser davantage les activités en ligne de Sooretul.

 

[i] CNUCED – Le rôle des petits exploitants agricoles dans la production et le commerce durable des produits de base

[ii] Emata

[iii] ReutersAfrican startups bet on blockchain to tackle land fraud

[iv] Le monde – Agriculture numérique : le Sénégal montre l’exemple

[v] McKinsey- Lions Go digital

[vi] Afrique IT news – Sooretul : la plateforme e-commerce des productrices agricoles sénégalaises

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).