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Le Mobile Money en Afrique:un accélérateur au service de l’inclusion financière

Promouvoir l’inclusion financière est de plus en plus un axe majeur des politiques économiques en Afrique subsaharienne afin de réduire la pauvreté. En pratique il s’agit de généraliser l’accès aux services financiers de qualité, à des coûts abordables et en toute commodité.

L’accès au compte se généralise et la valeur des transactions via le mobile est en croissance

Sur un continent qui depuis plusieurs années est caractérisé par un très faible taux de bancarisation[i] il est quand même heureux de constater que grâce à la forte pénétration des téléphones mobiles et l’offre de comptes de Mobile Money, une plus grande partie de la population accède pour la première fois à un compte de transactions. En 2020, le continent africain comptait 562 millions de comptes de Mobile Money ce qui représente 45% du nombre de comptes Mobile Money ouverts dans le monde soit 1,2 milliard[ii]. L’essentiel de ces comptes se répartit entre l’Afrique de l’Est (293 millions) et l’Afrique de l’Ouest (198 millions) et ils sont utilisés à minima pour des opérations de paiement de diverses natures. Les transactions effectuées via les services de Mobile Money représentaient en valeur $ 495 milliards en 2020 ce qui est assez significatif sachant que les principaux détenteurs sont avant tout des particuliers et des micro-entrepreneurs.

Si la pénétration du Mobile Money est plus ancienne en Afrique de l’Est avec le lancement en 2007 de M-PESA de Safaricom aujourd’hui considéré comme la référence mondiale de l’industrie, le décollage en Afrique de l’Ouest n’a été effectif qu’une dizaine d’années plus tard avec de grands marchés tels que le Ghana et le Nigéria. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest francophone, plusieurs agréments[iii] d’émetteurs de monnaie électronique ont été accordés suite à la publication par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de l’instruction n°008-005-2015 du 21 Mai 2015 régissant les conditions et modalités d’exercice des activités des émetteurs de monnaie électronique dans les Etats membres de l’UMOA[iv].

En termes d’activité la valeur des transactions effectuées via les services de Mobile Money en Afrique de l’Ouest en 2020 représentait $ 178 milliards contre $ 273 milliards en Afrique de l’Est.

Ces chiffres mettent en évidence la forte pénétration du Mobile Money et sa contribution significative à l’inclusion financière des populations non bancarisées en Afrique subsaharienne et ceci a été rendu possible grâce notamment à un assouplissement des règles de connaissance-client (Know Your Customer) par les régulateurs, au dynamisme des opérateurs télécom ou encore le développement des paiements de masse. Concernant justement les paiements de masse, il serait important de souligner que la croissance des ouvertures de compte de Mobile Money en 2020 en Afrique subsaharienne a été stimulée en partie par la distribution d’aides sociales sous forme de transferts monétaires effectués par les Etats à destination des populations les plus vulnérables dans le cadre des mesures sociales pour atténuer l’impact de la crise de la Covid 19. C’est le cas de pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Togo, Madagascar ou encore plus récemment du Mali. Le recours aux opérateurs de Mobile Money dans la distribution de ces aides s’explique par le fait que le canal mobile est beaucoup plus accessible que les points de services des institutions financières traditionnelles et permet d’atteindre directement les bénéficiaires en limitant les cas de détournement.

 

Un taux d’activité faible

Mais si l’accès aux comptes Mobile Money se généralise sur le continent il faudrait toutefois souligner que le taux d’activité reste toujours faible. En effet sur les 562 millions de comptes MM ouverts sur le continent en 2020, seuls 161 millions sont actifs sur une base de 30 jours ce qui représente moins de 30%. L’utilisation peu fréquente de ces comptes peut signifier que les titulaires sont de simples destinataires de transferts de fonds et qu’ils ne profitent pas pleinement des autres avantages liés à la détention d’un compte. D’ailleurs même dans les pays à revenus élevés où le taux de pénétration bancaire est élevé, les individus peuvent encore être financièrement marginalisés. Il est possible d’avoir un compte de Mobile Money et de rester financièrement marginalisé. L’accès au compte n’est donc qu’un simple tremplin vers l’inclusion financière qui mérite d’être complété par la mise à disposition d’autres produits financiers numériques tels que l’épargne, le crédit et la micro-assurance qui permettraient d’améliorer le taux d’activité.

 

Pour une meilleure inclusion financière via les services de Mobile Money

Pour relever le défi de l’inclusion financière, plusieurs pays africains se sont dotés ou sont en train de rédiger un document cadre de stratégie d’inclusion financière précisant entre autres les défis spécifiques à leur environnement, les objectifs d’inclusion financière et les résultats à atteindre, les orientations de leurs stratégies et les actions à mener.

Les émetteurs de monnaie électronique sont désormais au cœur de ces stratégies à côté des acteurs traditionnels du secteur financier tels que les banques et les SFD.  Quelques-unes des mesures contenues dans ces documents de stratégies nationales d’inclusion financière concernent les régulateurs et sont relatives à la mise en place de cadres réglementaires favorables à :

  • L’introduction de nouvelles offres de produits financiers numériques tels que le crédit, l’épargne et la micro-assurance sans faire obligation aux acteurs non bancaires de recourir à des partenariats avec les banques ou systèmes financiers décentralisés ;
  • L’introduction de normes de connaissance client (KYC) proportionnelles aux risques c.-à-d. qu’en fonction des montants des transactions les exigences en termes d’identification de la clientèle seraient différentes ;
  • L’interopérabilité des services financiers ;
  • Au recours à des agents non bancaires de proximité pour des opérations basiques telles que les ouvertures de comptes à distance, dépôts/retraits d’argent ou les transferts d’argent.

Par ailleurs les Etats peuvent aussi contribuer à soutenir ces stratégies d’inclusion financière à travers les programmes d’identification des populations par des procédés biométriques, la dématérialisation des services publics et le recours aux paiements de masse.

 

[i] BEI – Le secteur bancaire en Afrique subsaharienne – Évolutions récentes et inclusion financière numérique

[ii] GSMA- State of the Industry Report on Mobile Money 2021

[iii] Innogence consulting- Services financiers numériques :Une nouvelle ère pour les banques et opérateurs de télécommunication en Afrique francophone

[iv] BCEAO- Instruction n°008-05-2015 régissant les conditions et modalités d’exercice des activités des émetteurs de monnaie électronique dans les Etats membres de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA)

Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).