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L’Afrique en marche vers la «cashless society»

Pourquoi les agriculteurs en Afrique devraient ils payer leurs intrants par des moyens électroniques ? Pourquoi les gouvernements devraient ils payer les pensions de retraite via des plateformes digitales ? Pourquoi les micro-entrepreneurs africains devraient ils renoncer à régler leurs factures d’électricité en espèces ? Bref pourquoi les économies africaines devraient elles faire la transition vers ce qu’on appelle maintenant la « cashless society » autrement dit une société sans espèces ?  Est-ce juste un effet de mode ? Qu’est ce qu’elles y gagnent concrètement ?

 

Qu’est-ce que la « cashless society » ?

Vous avez déjà sans doute lu quelque part un article sur le concept de la « cashless society » ou société sans espèces. Ce concept est devenu courant dans le jargon des spécialistes de l’inclusion financière.

La « cashless society » ou encore société sans espèces fait référence à une économie dans laquelle les transactions financières ne sont pas effectuées avec de l’argent liquide c.-à-d. sous forme de billets de banque ou de pièces, mais plutôt par le transfert d’informations numériques (généralement une représentation électronique de l’argent) entre les parties en présence[i].

Il s’agit là d’une définition contemporaine de la « cashless society » car aux premières heures de l’humanité les transactions s’effectuaient déjà sans espèces par de simples échanges de marchandises.

Puis la monnaie fit son apparition au cours de l’histoire et pris les formes les plus diverses :

  • Marchandises : bœuf, sel, nacre, ambre, métal, papier, coquillages ;
  • Métallique : or, argent ;
  • Papiers : billets de banque, chèques, ordre de virement ;
  • Electronique : argent mobile, carte prépayée, cryptomonnaie, portemonnaie virtuelle.

La transition vers la « cashless society » concerne justement les trois dernières formes de monnaies que nous venons d’évoquer. C’est le passage de la monnaie fiduciaire (monnaies métalliques et monnaies papiers) vers la monnaie électronique.

 

Qu’est-ce qui motive la transition vers une société sans espèces ?

L’utilisation de la monnaie fiduciaire a vite montré ses limites avec la croissance des échanges internationaux. En effet payer une somme importante en espèces à son fournisseur situé à l’autre bout du monde pose des problèmes de sécurité, de commodité et de célérité dans les transactions et c’est ce qui a favorisé l’adoption des monnaies électroniques.

On s’accorde à dire que la généralisation de l’usage de la monnaie électronique présente les avantages suivants :

  • Réduction des coûts liés à l’impression, au transport, à la conservation et la sécurisation des espèces ;
  • Amélioration de la célérité des transactions ;
  • Fluidité des transactions à l’international ;
  • Traçabilité des flux économiques ;
  • Lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.[ii]

Bien entendu la monnaie électronique présente aussi des inconvénients dans son utilisation :

  • Exploitation des données personnelles acquises à des fins non avouées ;
  • Atteinte aux libertés ;
  • Fraude en ligne ;
  • Propension à dépenser plus.

 

Pourquoi les africains devraient ils évoluer vers la « cashless society » ?

Loin d’être un effet de mode, la digitalisation des paiements permet d’adresser plusieurs défis propres au continent à savoir l’inclusion financière, l’évasion fiscale ou encore la fraude dans les programmes sociaux.

 

  • Inclusion financière

En Afrique de l’Ouest et plus particulièrement dans l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), le taux d’inclusion financière ou taux global d’utilisation des services financiers (TGUSF) a atteint 60,1% en 2019[iii].  Bien que les données d’inclusion financière en Afrique de l’Ouest soient en hausse, il y a un réel déficit en termes d’offre de services financiers numériques de seconde génération selon l’UNCDF[iv]. On entend par services financiers de seconde génération l’épargne digitale, le crédit digital ou encore les produits de micro-assurance.

Si l’accès au compte commence par se généraliser dans la région, il reste encore plusieurs besoins financiers non couverts. Par exemple nos producteurs agricoles ont besoin de moyens conviviaux, sécurisés, transparents et peu coûteux pour effectuer leurs achats d’engrais. Ils ont besoin de pouvoir épargner une partie des recettes de vente de leurs récoltes. Ils ont aussi besoin des produits de micro-assurance pour se prémunir contre les pertes de récoltes par suite d’aléas climatiques.

Pour accéder au crédit, il faut bien sur un historique financier et la digitalisation des paiements permet justement de pouvoir établir cet historique à travers la collecte de données financières auprès des opérateurs mobile money, les banques, les réseaux sociaux, les grands facturiers etc… Ces données font ensuite l’objet d’analyses croisées afin de déterminer l’éligibilité d’un client à un crédit digital.

Le mouvement vers la « cashless society » aura donc comme avantage de permettre à des personnes autrefois non bancarisées en Afrique d’accéder à leurs premiers crédits puis à des produits plus sophistiqués c-à-d l’épargne digitale et les produits de micro-assurance.

 

  • Evasion fiscale

Pour financer leur développement tout en limitant le recours à l’endettement extérieur, les Etats doivent mettre en place des politiques de mobilisation de ressources intérieures. Mais en Afrique, l’efficacité de ses politiques est fortement minée par une économie informelle bien enracinée.

Selon la Banque Mondiale, près de 90 % de la main-d’œuvre africaine se trouve dans l’économie informelle. En outre l’économie informelle représente près de 40 % du PIB du continent[v].

On comprend donc l’enjeu pour les pouvoirs publics d’encourager la digitalisation de l’économie afin de pouvoir tracer les flux économiques et élargir leur base imposable[vi].

 

  • La lutte contre la fraude dans les programmes sociaux

Les programmes sociaux des Etats africains ont régulièrement fait l’objet de scandales financiers que ce soient des programmes de micro-crédit, programmes d’aides aux réfugiés ou des paiements des pensions de retraites. L’une des difficultés majeures a toujours été de s’assurer que les fonds du programme avaient bel et bien atteint les bénéficiaires. Dans les zones rurales où la plupart du temps les populations ne disposent pas de pièces d’identité acceptables, elles ne pouvaient donc disposer de comptes et par conséquent la seule option restait le paiement en espèces. Ceci favorisait donc les détournements des ressources du programme.

Ainsi l’identification des populations par des procédés biométriques et la digitalisation des paiements sont désormais des gages d’une meilleure gestion des programmes sociaux.

Nous voyons bien que la « cashless society » est loin d’être un effet de mode mais une tendance qui va naturellement s’imposer aux Etats africains qui souhaitent rendre les services financiers accessibles à l’ensemble de leurs populations, lutter contre l’évasion fiscale ou encore les détournements des fonds publiques.

 

Références
[i] Cashless society – Wikipedia
[ii] The Pros and Cons of Moving to a Cashless Society (thebalance.com)
[iii] Rapport annuel sur la situation de l’Inclusion Financière dans l’UEMOA au cours de l’année 2019 | BCEAO
[iv] Comment mettre en place un service de crédit /épargne numérique ? – UN Capital Development Fund (UNCDF)
[v] L’Afrique a-t-elle besoin d’un système fiscal personnalisé ? (worldbank.org)
[vi] Global landscaping study on digitizing P2G payments CGAP -karandaaz.com
Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).