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Le Défi de la Protection des Consommateurs des Crédits Numériques en Afrique

Le succès du crédit numérique

Avec la pénétration rapide du Mobile Money et des smartphones, les offres de crédits numériques se multiplient sur le continent. Après leur succès en Afrique de l’Est et australe les prestataires de crédits numériques ont désormais dans leur viseur l’Afrique de l’Ouest. En effet certains pays de la sous-région sont déjà les terrains d’opérations de ces nouveaux acteurs du secteur financier.

On pourrait citer comme exemples le Ghana avec la plateforme Qwikloans[1] de MTN qui a débloqué 5 millions de prêts pour un volume de $120 millions en 2018 ou encore le Nigeria qui enregistre une pléthore d’offres de crédits numériques avec des acteurs qui ont pour noms Lydia, Carbon, Aeella, Branch, Fairmoney, Alat et Palm Credit.

Avec plus de sept années d’activités, les marchés du Kenya et de la Tanzanie comptent parmi les plus matures du continent. En termes d’activités, les banques centrales du Kenya (Central Bank of Kenya) et de la Tanzanie (Bank Of Tanzania) estiment les volumes des crédits numériques en 2019 respectivement à plus de $700 millions[2]  et $ 147 millions[3].

 

Les raisons d’un succès commercial

Bien que les montants par emprunteurs restent relativement modestes (1 à $1000), l’adoption des crédits numériques peut s’expliquer par plusieurs raisons :

  • La simplicité de la procédure d’octroi.

 Il suffit juste de disposer d’un compte de monnaie électronique dûment identifié ou de l’application mobile d’une banque ou d’une Fintech.

  • La convivialité 

Il n’est pas nécessaire de se déplacer vers le prestataire de crédit numérique car la demande de prêt peut être faite via le téléphone mobile ou l’application du prestataire

  • La rapidité

Le traitement de la demande est immédiat et le prêt peut être débloqué en quelques secondes sur le compte de monnaie électronique du client. La décision d’octroi est entièrement automatisée grâce à des algorithmes qui analysent différentes sources de données collectées sur le demandeur.

  • La compétitivité

Le crédit numérique constitue aujourd’hui une véritable alternative par rapport aux offres classiques des banques commerciales du continent africain dont les conditions sont très rigides et par rapport aux préteurs informels dont les taux usuraires dépassent tout entendement[4].

 

Le défi de la protection du consommateur : cas du Kenya et de la Tanzanie

Toutefois derrière ce succès commercial se cache aussi des réalités plus amères qui appellent la vigilance des régulateurs et montrent l’importance pour l’ensemble des acteurs du secteur d’intégrer la protection du consommateur dans leurs approches.

En effet sur les marchés du Kenya et de la Tanzanie, certaines pratiques abusives voire « prédatrices » des prestataires de crédits numériques sont vivement décriées. Elles sont à la base du surendettement et de l’exclusion de millions de petits emprunteurs[5] en raison du nombre croissant de clients inscrits sur les blacklists des préteurs et des bureaux de crédit[6].

Au Kenya par exemple les crédits numériques de 2,2 millions de personnes sont aujourd’hui en souffrance et la moitié porte sur des encours individuels inférieurs à $10[7]

On peut citer au rang des pratiques abusives :

  • Une communication agressive incitant les clients à contracter des emprunts sans même un réel besoin
  • Un manque de transparence autour des conditions de prêts
  • Un manque de transparence dans l’utilisation des données à caractère personnel

 

  • Communication agressive

Sur ces deux marchés, il est très courant de voir les prestataires envoyer des offres non sollicitées aux clients pour qu’ils fassent une demande, ce qui peut les pousser à contracter des emprunts dont le besoin ou l’intentionnalité ne sont pas justifiés et, par conséquent, augmenter le risque de non-remboursement et de surendettement.

  • Manque de transparence autour des conditions de prêts

Il est aussi fréquent lorsqu’un emprunteur potentiel sollicite un crédit, que le prestataire ne lui indique pas le coût total de l’emprunt.

Sur le marché Kenyan par exemple les montants des crédits numériques varient entre 1 et $1000 et les durées de remboursement sont généralement de 30 jours avec des taux d’intérêt mensuels qui varient entre 3,66 et 14% [7]. En exprimant ces taux sur une base annuelle on se retrouve dans une fourchette variant de 44% à 180% l’an, ce qui est largement au-dessus du taux d’usure de 13% l’an fixé par la Central Bank of Kenya.

 

  • Manque de transparence dans l’utilisation des données à caractère personnel

Les prestataires peuvent également manquer de transparence dans l’utilisation des données personnelles des clients par exemple en accédant aux contacts des parents des emprunteurs en défaut de paiement via leurs applications mobiles et exercer ainsi une forme de pression sociale afin d’obtenir le remboursement de leurs créances.

Et pour finir les informations reportées aux bureaux d’information sur le crédit sont parfois incomplètes ou non mises à jour ce qui est préjudiciable pour certains clients qui ne peuvent pas faire valoir leur bon historique financier chez d’autres préteurs. Ils peuvent même se retrouver blacklistés pour des prêts déjà remboursés.

 

Le rôle des autorités de régulation dans la protection des consommateurs.

Les business models adoptés par les prestataires de crédits numériques semblent ne pas présenter de grands risques par rapport à la stabilité du secteur financier en raison des faibles montants empruntés. Toutefois il reste essentiel de veiller à ce que ces nouveaux acteurs aient des pratiques plus responsables car ils ciblent souvent des populations à faibles revenus, pour lesquelles ils sont souvent les premiers et les seuls préteurs formels.

Ainsi des pratiques abusives auront un impact négatif sur la confiance de ces populations et risqueront même de favoriser une forme d’exclusion financière que les régulateurs doivent à tous prix prévenir.

Sur les marchés cités précédemment dans ce blog, les prestataires de crédits numériques ont souvent tiré profit de l’absence de textes règlementaires spécifiques à la mise à disposition d’offres de crédits numériques et d’un cadre institutionnel qui définit clairement les rôles des différents régulateurs que sont la banque centrale, l’autorité de régulation de la concurrence et l’autorité de régulation des télécommunications.

Ces trois régulateurs devraient s’équiper de textes spécifiques à la mise à disposition des consommateurs d’offres de crédits numériques et définir des formes de collaborations efficaces pour mieux encadrer cette activité sans toutefois freiner les innovations.

 

 

[1] CGAP – Blog African Digital Credit Goes West (cgap.org)
[2]  Digital Lending: Finance committee raises concerns over regulating digital lending – YouTube
[3] AFI-Digital credit regulation in Tanzania
[4] Prêteurs clandestins : la gangrène des crédits informels – Jeune Afrique
[5]  Microsave blog: Key new year resolutions for the success of digital financial services
[6] Kenya: Call to probe digital money lenders for alleged predatory practices that compromise livelihoods – Business & Human Rights Resource Centre (business-humanrights.org)
[7] MicroSave – Making Digital Credit Truly Responsible – Insights from analysis of digital credit in Kenya
Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).