fbpx

COVID-19 | Official online Resource and News Portal. For more information, visit www.sacoronavirus.co.za

Les sources alternatives de financement qui révolutionnent le secteur financier en Afrique : crédit digital, Pay As You Go et crowdfunding

Sur la plateforme de crowdfunding (financement participatif) KIVA, un éleveur originaire du Burkina Faso fait appel au public pour un financement de  $ 2.700 soit environ F Cfa 1.500.000. Voici le descriptif de la demande de financement présentée sur le site web de KIVA.

« S. S est un père de 06 enfants dont 3 vont tous à l’école. Il pratique l’élevage des ruminants dans un quartier périphérique de la capitale (Ouagadougou) depuis 8 ans. Il a remboursé son deuxième prêt KIVA sans difficultés, il sollicite un nouveau crédit pour acheter 20 chèvres, 35 moutons et des sacs de son de maïs pour les engraisser afin de les revendre en temps opportun »[1].

La particularité de ce prêt sollicité par notre éleveur burkinabé, c’est qu’aucune garantie n’est exigée et la tarification proposée est plus abordable.

Mais qu’est-ce que le crowdfunding ?

« Le financement participatif (ou “crowdfunding”, financement par la foule) est un mode de financement faisant appel au grand public. Des particuliers (ou personnes morales) apportent des petits montants pour contribuer à la réalisation d’un projet. C’est le nombre de personnes contributrices qui fait la différence : la somme de petits montants conduit à la mobilisation d’un montant élevé »[2].

Il constitue une alternative pour des populations traditionnellement exclues du financement du secteur financier classique au même titre que le crédit digital et le Pay As You Go.

Mais avant de définir ces deux sources alternatives de financement auxquelles ont désormais aussi recours les populations traditionnellement exclues du secteur financier en Afrique (petits exploitants agricoles, MPME, jeunes) faisons un petit état des lieux de l’accès au financement des MPME sur le continent.

Selon l’Agence de Développement de l’Union Africaine (AUDA-NEPAD) il y a environ 95 à 100 millions de Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME)[3] sur le continent africain et ce chiffre n’inclut pas les petits exploitants agricoles.

Les MPME en Afrique sont généralement dirigées par des jeunes et des femmes et représentent :

  • 35 à 55 % en moyenne du PIB du continent ;
  • 300 à 360 millions des emplois

Cela signifie que les MPME sont le premier moteur de l’économie africaine et le premier employeur du continent.

Malgré l’importance que ces entreprises formelles ou informelles représentent pour l’économie du continent, elles éprouvent encore beaucoup de difficultés à accéder à des crédits dans le secteur financier traditionnel (banques commerciales, institutions de microfinance, fonds de garantie, marché financiers).

  • Dans le rapport Doing Business 2020 la région Afrique Subsaharienne était classée 113ème sur 190 pays par rapport à l’indicateur « facilité d’accès au crédit »[4] avec quelques belles exceptions (Zambie, Rwanda et Kenya) ;
  • 51% des crédits recensés à la Centrale des Risques de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont portés par les 50 plus grosses entreprises consommatrices de crédits bancaires de chaque pays de l’UMOA qui ne représentent que 1% du nombre de bénéficiaires[5].

Les difficultés d’accès au financement du secteur financier traditionnel sont de plusieurs ordres :

  • Le caractère informel des activités exercées par les exploitants agricoles ou les micro-entrepreneurs africains ;
  • La difficulté à produire des états financiers ;
  • L’absence de suretés réelles à fournir aux préteurs ;
  • Le manque de structuration au sein des petites entreprises qui sont généralement des entreprises familiales.

Face à ces difficultés les acteurs traditionnels du financement n’ont jamais réussi à trouver les moyens nécessaires de propulser ces entreprises évoquant souvent comme raisons des coûts trop élevés pour servir cette clientèle et aussi des risques trop élevés.

Fort heureusement, l’introduction du Mobile Money depuis la fin des années 2000 et des nouvelles technologies financières (intelligence artificielle, biométrie et big data) dont nous avons longuement parlé dans le mois d’Octobre 2020 ainsi qu’une nouvelle approche de la réglementation des services financiers basée sur le niveau de risque (Risk Based Approach) permettent d’offrir des alternatives de financement aux MPME d’Afrique sans exiger des garanties.

Il s’agit non seulement du crowdfunding mais également du crédit digital ou du Pay As You Go.

Le crédit digital désigne un prêt auquel on accède par des canaux alternatifs, soit via un accès Internet, un appareil mobile ou soit un agent marchand qui facilite le traitement du crédit digital à distance.

Les interactions avec les clients et les processus de crédit sont principalement traités à distance, et souvent complètement automatisés, y compris les demandes de prêt, les approbations, les remboursements et les recouvrements.

La plupart des modèles de crédit digital dans les marchés émergents utilisent une série de sources de données alternatives, telles que les informations de paiement ou les données des réseaux sociaux traitées par des algorithmes pour déterminer l’éligibilité au crédit et la tarification.

Quant au Pay as You Go (PAYGO) il s’agit d’un modèle économique qu’utilise beaucoup d’entreprises sociales pour offrir à leurs clients la possibilité de payer par téléphone de petites sommes à des fréquences variables (journalières, hebdomadaires ou mensuelles) pour utiliser un bien et en devenir propriétaire à l’échéance.

Ce modèle est très courant dans le financement du secteur des énergies renouvelables et les chaines de valeur agricoles en Afrique.

Il permet en effet de pouvoir équiper des ménages, petits exploitants agricoles ou des entrepreneurs ruraux en divers types d’équipements solaires (lampes, pompes, réfrigérateurs, moulins, machines à coudre, etc…).

La particularité du Pay-As-You-Go réside dans le fait que les appareils sont équipés d’une technologie permettant au fournisseur de couper la fourniture d’énergie à distance en cas de non-paiement d’une échéance, sans besoin de parcourir les nombreux kilomètres qui le séparent des clients[6].

Le Pay as You Go est le modèle économique adopté par M-Kopa Solar, une société Kenyane qui permet à des populations non bancarisées ou exclues du financement bancaire d’accéder à une gamme d’équipements solaires (lampes, TV, réfrigérateurs, cuisinières)[7] sans exiger un historique de remboursement bancaire ou une garantie matérielle.

M-Kopa n’est pas une institution financière, mais plutôt une entreprise sociale qui offre des produits financiers. Toutefois M-Kopa déclare les scores de crédit de plus de 250.000 prêts de son portefeuille au Credit Information Sharing Association[8], la centrale de crédits au Kenya.

Ces sources de financement représentent de belles opportunités pour le secteur financier mais viennent également avec de nouveaux risques notamment le surendettement, la tarification abusive ou même le risque de perte des avoirs des utilisateurs des plateformes de crowdfunding.

Les régulateurs africains doivent donc vite baliser le terrain pour éviter des dérives sur ces nouveaux produits à l’instar du Maroc ou de la Tunisie qui ont désormais une loi qui encadre les activités des plateformes de crowdfunding.

Comment pourront-ils aussi créer un cadre favorable au développement de ces sources de financement ?

Cette question nourrit encore beaucoup de débats mais il faut passer à l’action car notre retard en Afrique Subsaharienne est important.

 

 

[1] KIVA- https://www.kiva.org/lend/2038750
[2] LES AIDES.FR- https://les-aides.fr/zoom/bJ5l/le-financement-participatif-quel-interet-pour-un-projet-d-entreprise.html
[3] AUDA NEPAD – MSME Academy- https://www.youtube.com/watch?v=B1bSfsj74Ck
[4] DOING BUSINESS 2020- https://espanol.doingbusiness.org/content/dam/doingBusiness/media/Profiles/Regional/DB2020/SSA.pdf
[5] BCEAO- Note sur le dispositif de soutien au financement des PME/PMI dans l’UMOA
[6] INNOGENCE CONSULTING- État des lieux du marché des kits solaires en Afrique
[7] M-Kopa- https://m-kopa.com/products/
[8] CREDIT INFORMATION SHARING ASSOCIATION- https://ciskenya.co.ke/
Maxime Lokossi
Maxime est consultant en mésofinance et finance digitale. Il totalise 17 années d’expériences professionnelles essentiellement dans le secteur bancaire où il a occupé plusieurs postes de direction. Ayant un fort intérêt pour le financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises (MPME) via les Fintechs, il prépare actuellement ses travaux d’application en vue de l’obtention du grade de Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) de Digital Frontiers Institute (DFI) et Tuft’s University. Maxime contribue au développement des activités de DFI dans la communauté francophone à travers différentes activités (webinaires, partages de connaissances, etc.) ------ Maxime is a consultant in MSME and digital finance. He has a total of 17 years of professional experience mainly in the banking sector where he has held several management positions. Having a strong interest in financing Micro Small and Medium Enterprises (MSMEs) through Fintechs, he is currently preparing his research paper to qualify for the grade of Certified Digital Finance Practitioner (CDFP) of Digital Frontiers Institute (DFI) and Tuft's University. Maxime contributes to the development of DFI's activities in the francophone community through various activities (webinars, knowledge sharing, etc.).